Françoise

 
 

 

..." Le premier contact avec l'oeuvre de Françoise Rousset est généralement placé sous le signe de l'impact, du choc. L'empathie est immédiate, la lutte est inutile, la gorgone a triomphé.

L'oeil ne peut se détacher de la peinture qu'après avoir accepté d'être happé par elle. Cette sensation provient du travail sur la saturation de l'espace que propose la toile....

"L'observation de l'oeuvre de Françoise Rousset nous donne un exemple de la théorie qui démontre l'obligation d'opérer un choix dans la lecture d'une oeuvre picturale. Un choix très simple , nécessaire, mais souvent inconscient.

...Je vous invite à garder un regard d'enfant devant l'oeuvre de Françoise Rousset
et face à tous ces matériaux qu'elle nous propose , prenez plaisir à trier, classer, coller, additionner, multiplier....

Paroles de L. Doat

 

" ...Une démarche créatrice, une recherche qui nous parlent de nous-mêmes, de l'absence et des limites.

Une peinture qui s'engage pour dire le silence, l'enfermement, qui 'met en scène'
cette fameuse 'incommunicabilité' imprononçable.

Sans la moindre volonté démonstratrive les images de Françoise Rousset sont froides, mais si charnelles. Cette mise à plat n'exclut pourtant pas nostalgie et humour, tendresse et douceur.

Ses compositions sont tatalement novatrices, agaçantes ou bouleversantes, l'indifférence n'est guère possible.

C'est bien une femme qui soutient ce défi et qui éclate d'un rire merveilleux si on évoque la douceur apaisante des" peintures de femmes" ou le nez bleu de ses personnages.Un éclat qui se plaît de nous avoir joué une farce, en marge de toute convenance...

"un peintre ne devrait jamais faire ce que les gens attendent de lui" André Malraux

Paroles de G. Zaoui


2007 les cailloux de Valentine
Les pierrs grises de Françoise portent en elles les stigmates du temps, le temps de sa pré-histoire.
Le vent, l'averse, la tempête ont présidé à la naissance des formes : courbes libres, lentes et patientes.
Habitacle des hommes, ces pierres nous livrent le mystère d'une écriture plus grave que le destin.
C'est la mémoire nomade, le Chant nostalgique des pierres grises.
paroles de Marie Cayol 2007
Sivous portez les cailloux de Françoise à l'oreille vous entendrez murmurer la rumeur , les sanglots et le grondement des eaux glauques du fleuve .
Si vous prenez ces formes rondes, douces et polies dans votre main d'homme, vous sentirez le flux des lésions laissées par la morsure du temps; les lignes figées , brisées marquent les plaies de la douleur et de l'épreuve.Si vous regardez les gris feutrés s'épancher sur la toile vous verrez la fureur des eaux lourdes qui ont glissé sur les galets.Et vous comprendrez que le caillou a pris la plce du soleil.
paroles de Marie Cayol. 'le Rhône',Sorgues 2008

Les cailloux de Valentine(exposition à Die, Juillet 2008) Ch. Bernard  2008
Valentine est le nom du torrent qui, non loin de la maison de mon enfance , mon berceau familial, en Haute Savoie, brasse des cailloux dans ses eaux froides. C'est dans le lit de ce torrent, terrain de jeux et d'aventures parfois acrobatiques , qu'enfant je cherchais déjà des cailloux.
Ils n'ont jamais cessé de ma faire signe.
Aujourd'hui encore, je les trouve, les ramasse, les amasse. C'est le début, le commencement d'un voyage dans le temps et dans l'espace.
Depuis la Haute Savoie, je les transporte dans le gard, où je vis actuellement. Ils séjournent dans le jardin, puis sur balcon de l'atelier, enfin dans l'atelier même.
Chacun d'eux a quelque chose à me dire
Je peins . Je peins face au caillou. C'est lui qui décide , qui me saisit, et tout à la fois me happe et me transporte hors de moi.
Dans un premier temps, je peins le caillou pour le caillou, ses contours, son aspect, les veines qui le traversent. Sans perdre ses contours, il m'entraîne plus loin: je peins, gratte et grave dans la matière des "dessins préhistoriques" . C'est ma" préhistoire".
Dans un deuxième temps, le caillou devient territoire où viennent s'ajouter les empreintes des grandes et petites choses de l'enfance, celle du "club des cinq". Une autre histoire commence alors, brassant temps , cailloux, couleurs, formes et matières dans un nouveau paysage de cailloux encore à venir.

 

 Les Baux de Provence , avril 2011

'danse avec'

'j'irai danser avec Raimund'

 

 Sur la table de l’atelier, une série de dessins, alignés par rangées. Déjà, dès la première journée de travail, une multitude de petits hommes tracés au crayon sur les feuilles de couleur blanc cassé au format carte postale. Françoise Rousset me demande à quoi ces silhouettes me font penser. L’injonction à reconnaître ces figures me fait peur. Je crains de décevoir par une réponse incorrecte. Pourtant la correspondance est frappante. Tout est là, posé par le tracé léger mais précis du crayon : une ligne de bras, une courbure de tête, un arrondi du dos. Ces silhouettes sont celles d’un corps qui danse, celui du chorégraphe allemand Raimund Hoghe. Corps singulier, corps difforme, corps bossu. La beauté naît de ce qui défaille.

 

La peintre et le danseur ont cette vision de l’art en commun.
Les mois passent, les traits s’épaississent, se densifient, ils cernent et remplissent les corps. Goût pour le sombre. Anthracite, charbon, brun, pourpre ou violacé, la subtilité de la noirceur se révèle par le principe de la gravure. Les postures ont parfois dévié des lignes de corps récurrentes de chez Raimund Hoghe. L’ombre du dramaturge de Pina Bausch est toujours là mais d’autres fantômes se sont glissés dans la série. Le travail plastique s’est émancipé de sa source d’inspiration. Les figures quittent aussi le format papier, les silhouettes sont découpées et plaquées pêle-mêle sur un mur blanc. Dix, vingt, trente… très vite, on ne compte plus : prolifération de petits hommes. Variations autour du même, effets d’accumulations. Hier des têtes, des fenêtres, des galets… Aujourd’hui, des corps dansants. Privilège de voir l’atelier d’un artiste se transformer au fil du temps.

 

Que faire face à ces murs tapissés de dessins? S’approcher pour scruter les détails ou s’éloigner pour laisser flotter mon regard ? J’hésite, je fais de constants allers-retours. De loin, l’aspect ludique est indéniable. Bien plus que de vouloir « retrouver la paire » ou « chercher l’intrus », j’aimerais choisir une série de personnages et inventer ma propre histoire. Et puis, tout décrocher, mélanger à nouveau la donne et créer un autre récit. Mais les silhouettes en papier semblent fragiles, mes scénographies restent fictives.
Quelques mois encore et l’interrogation quant aux supports et techniques d’accrochage trouve une résolution dans la fabrique d’objets divers. Les silhouettes se dressent sur des pop-up, sont fixées dans des verres. Le nombre et l’agencement des personnages sont scellés mais leur histoire ne l’est pas. Je rêve toujours aux possibles, et moi aussi, un jour, j’irai danser avec…

 

Paris, avril 2011
Laetitia Doat
Chargée de cours département danse Université Paris 8,
Conférencière.

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